La Chine est aux prises avec une augmentation du nombre de batteries de véhicules électriques hors d’usage, alors qu’un marché du recyclage sans licence mine les installations certifiées et cause d’importants dommages environnementaux. Alors que le gouvernement a imposé une surveillance plus stricte, l’industrie est confrontée à des défis constants pour rendre le recyclage durable à la fois rentable et dominant.
La vague croissante de déchets de batteries
Alors que le marché chinois des véhicules électriques s’est développé rapidement – passant d’environ 1 million de ventes annuelles en 2018 à plus de 16 millions d’ici 2025 – le pays est désormais confronté à la conséquence inévitable de l’arrivée d’un parc de batteries de première génération en fin de vie. Avec des périodes de service typiques s’étendant sur environ huit ans, le volume de batteries mises au rebut devrait fortement augmenter. Les données indiquent que la Chine a généré 400 000 tonnes de déchets de batteries de véhicules électriques en 2025, un chiffre qui devrait grimper à 1,69 million de tonnes d’ici 2030 et atteindre 22,39 millions de tonnes d’ici 2040. Cela crée une crise urgente de gestion des déchets. Bien que le pays ait mis en place une vaste infrastructure pour traiter ces composants, l’ampleur du chiffre d’affaires dépasse les efforts de récupération actuels, obligeant à réévaluer la manière de gérer les complexités chimiques inhérentes au lithium-ion et aux autres produits chimiques des batteries.
La perturbation du marché informel
Une partie importante des batteries mises au rebut est détournée des recycleurs certifiés par l’État vers un secteur informel et sans licence. Ces opérateurs non certifiés offrent souvent plus de commodité aux propriétaires de voitures et proposent des prix d'achat plus élevés pour les batteries usagées, car ils évitent les dépenses substantielles associées à la conformité réglementaire, à la sécurité environnementale et aux protocoles de tests rigoureux. Ce commerce non réglementé a conduit à des résultats dangereux ; dans un cas documenté dans la province du Jiangxi, une mauvaise manipulation de 364 tonnes de batteries au lithium fer phosphate a entraîné la destruction de 6 acres de forêt et la mort d'une quantité importante de bois. Parce que ces entités informelles ne disposent pas de l’infrastructure technique nécessaire pour démonter en toute sécurité les modules de batteries, elles déversent souvent des déchets dangereux dans les réserves d’eau locales, polluant les eaux souterraines et les sols tout en mettant en danger la santé des travailleurs impliqués dans l’extraction illicite de matériaux comme le cobalt, le cuivre et le nickel.
Limites des infrastructures de recyclage certifiées
Malgré la tentative du gouvernement de gérer cette transition en certifiant plus de 150 entreprises sur une « liste blanche », les chaînes officielles peinent à maintenir leurs parts de marché. En 2023, les entreprises certifiées détenaient une capacité de traitement totale de 623 000 tonnes métriques, soit bien au-dessus du volume réel mis hors service, mais elles n’ont traité qu’environ 25 % du total des déchets. Les enquêtes suggèrent que de nombreuses sociétés cotées ne sont plus opérationnelles ou inaccessibles, créant ainsi un écart majeur entre la capacité déclarée et l'exécution pratique. Par ailleurs, le modèle économique du recyclage reste fragile. Contrairement à la fabrication traditionnelle, la technologie de recyclage doit constamment évoluer pour suivre l’évolution de la chimie des batteries, comme l’évolution vers des cellules à semi-conducteurs ou à base de sodium. Rendre le processus de récupération rentable nécessite des équipements de haute technologie et coûteux pour raffiner les matériaux en « masse noire » en vue de leur réutilisation, un processus qui est souvent compromis par les recycleurs informels qui n'investissent pas dans de tels systèmes spécialisés.
Parallèles mondiaux et efforts réglementaires
La difficulté de maintenir un recyclage rentable des batteries ne se limite pas à la Chine ; il s’agit d’un phénomène mondial actuellement confronté à d’importantes turbulences. En Amérique du Nord, des entreprises comme Ascend Elements, Li-Cycle et Lithion Technologies ont toutes été confrontées à des difficultés financières ou à l'insolvabilité, en raison de coûts de construction élevés, de la fluctuation de la demande de véhicules électriques et de l'incertitude quant au soutien financier à long terme. Dans ce contexte, la Chine renforce son cadre réglementaire. Une nouvelle politique nationale, entrée en vigueur le 1er avril, exige que les constructeurs automobiles assument une plus grande responsabilité quant au cycle de vie complet de leurs batteries, à l'image des systèmes européens de « passeport batterie ». Même si les experts estiment que la Chine possède la capacité physique nécessaire pour gérer le volume de déchets projeté, le succès dépend de la capacité de Pékin à freiner efficacement le marché informel. Sans cela, le pays risque de répéter un cycle d’expansion industrielle rapide qui laisse derrière lui une dégradation environnementale.
⚖ The Balanced View
Supporting view
Les systèmes de certification officiels et les « listes blanches » ont créé une capacité nominale suffisante pour gérer toutes les batteries retirées du marché en Chine, permettant ainsi en théorie une économie circulaire à récupération élevée.
Concerns & criticism
Le marché informel du recyclage offre des paiements plus élevés et plus de commodité aux consommateurs, sous-cotant systématiquement les recycleurs certifiés et provoquant une pollution environnementale grave et localisée.
→What's next
La Chine va probablement accroître la pression sur les constructeurs automobiles pour qu'ils imposent des filières de recyclage standardisées grâce au nouveau cadre de « passeport batterie » mis en œuvre en avril. Le succès dans ce secteur dépendra de la capacité du gouvernement à permettre aux propriétaires de choisir des recycleurs certifiés plutôt que des alternatives informelles actuellement moins chères, sur les plans financier et logistique.